Publié dans Carnet de route, Japon

Retour à Tokyo

Après deux jours (trop courts) passés à Osaka, nous voici de retour dans la capitale pour la fin de notre voyage. C’est avec plaisir que nous voyageons à nouveau dans le Shinkansen. Les transports en commun japonais sont assez incroyables. Malgré une très grande fréquentation et un réseau exubérant (trains,métro, bus de plusieurs compagnies différentes), les trains sont toujours d’une grande propreté et d’une extrême ponctualité. Nous sommes surpris de voir les gens laisser sortir les usagers des wagons sans essayer de se faufiler pour entrer coûte que coûte mais l’on s’y fait très vite. Tout se passe toujours avec courtoisie et pourtant pas de retard même aux heures de pointe. Pour info, le Japon héberge 45 des 50 gares les plus fréquentées au monde dont les 23 premières du classement.

 

Nous descendons à la station Tawaramachi en plein du quartier d’Arakusa et après quelques minutes de marche, nous prenons possession d’une maison de dingues, la Dingo House. Une maison de village, comme on dirait chez nous. 3 niveaux soigneusement meublés et une minuscule terrasse sur le toit. Au rez de chaussée, salon, coin cuisine et salle de bains ; au 1er, une sorte de patio où dormira Milo et une belle chambre pour nous ; et enfin, la chambre des filles au 2eme. Un vrai petit nid d’amour pour finir en beauté notre séjour à Tokyo.

 

Jusqu’au terrible tremblement de terre de 1923 et aux bombardements de la Seconde Guerre Mondiale, Asakusa fut un quartier précurseur en termes de loisirs ( 1er cinéma de Tokyo, 1er Music-Hall, 1er club de strip-tease) puis fut délaissé par la jeunesse dans les années 60 au profit de quartiers plus modernes comme Shibuya ou Shinkuju. Aujourd’hui , avec la construction de la futuriste Skytree Tower, Asakusa résume assez bien toute la contradiction de Tokyo avec ce mélange permanent de modernité et de traditions représentées ici par ces ruelles commerçantes et ses vieilles maisons basses tout autour du temple de Senso-Ji.

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C’est donc par là que nous allons commencer. Il nous faut pour cela franchir la monumentale Kaminari-mon ou porte du Tonnerre, de couleur rouge, reconnaissable à son immense lanterne. Une des photos les plus connus de Tokyo. Puis s’étale la rue commerçante du temple, bordée de boutiques de souvenirs, d’artisanat et de diverses friandises, éclairées par des dizaines de lanternes. Historiquement, ces boutiques  étaient tenu par les gens qui entretenaient le temple. Le Senso-Ji est le temple le plus visité de Tokyo, il renferme une statue en or de la déesse Kannon. Ceux qui nous suivent assidûment se souviennent certainement que c’est celle de la Compassion. Il reste un lieu de vénération et de recueillement très fréquentés par les tokyoïtes, les sumotoris y vont systématiquement avant leurs combats. (A Marseille, les joueurs de l’OM montent allumer un cierge à la Bonne Mère avant les matchs. Et ça marche !…de temps en temps).

 

Il fait plutôt doux ce soir et nous prenons les chemins de traverse qui nous emmènent des ruelles du temple sur les berges de la Sumida river. Une étrange sculpture dorée amuse beaucoup les filles qui la prennent pour une crotte en or alors qu’il s’agit d’une moustache. De toute façon, dans l’art contemporain, toutes les interpretations sont possibles.

 

Mon voisin Totoro, le voyage de Chihiro, princesse Momonoke, le chateau ambulant, tous ces si beaux films que nous avons adoré sont l’oeuvre d’un génie du film d’animation, Hayao Miyazaki. Et la, ce matin, nous prenons le métro pour rendre visite au grand maître ou plutôt au musée des studios Ghibli, dans la banlieue ouest de Tokyo. Le musée se trouve à la lisière du parc Inokashira, un des nombreux espaces verts qui font respirer la ville. Miyazaki a conçu lui même les plans de ce bâtiment à l’architecture originale et colorée, doté d’un beau jardin et d’une terrasse où trône le robot géant du Chateau dans le ciel. Nous retrouvons dans chaque salle la magie, la poésie et la sensibilité des films grâce aux expositions de croquis originaux, aux explications sur les secrets de l’animation et surtout par le décor lui même du musée, reprenant par endroit des scènes de films. Mais ce qu’ont préféré  les enfants, c’est de pouvoir monter dans et sur le chat-bus de Totoro !

Après ce bon moment de rêverie (c’est si bon de garder une âme d’enfant), nous partons pour le parc Yoyogi où se trouve le plus grand sanctuaire shinto de Tokyo, le Meiji jingu qui rend hommage à l’empereur Meiji et à son épouse l’impératrice Shoken. Au détour d’une promenade dans une belle forêt (100000 arbres furent offerts par des japonais du monde entier lors de sa construction en 1920), nous franchissons un torii monumental (encore un) taillé dans un cèdre de 1500 ans. Au passage, nous constatons, non sans une certaine fierté, que l’empereur, en voulant intégrer le meilleur de la culture occidentale, s’était vu offrir quelques fûts de très bons crus de Bourgogne. Il n’y a pas que le saké dans la vie…

 

Nous devons passer par Shibuya pour prendre des billets d’entrée au Disneysea où nous avons prévu d’aller dans deux jours. Les enfants ne sont pas au courant et nous tenons à leur en faire LA surprise. Il faut faire une diversion. Pendant que Fanny va prendre les précieux sésames, je les emmène au Mandarake, une librairie spécialisée dans les mangas et autres produits dérivés. A la surface, rien d’autre qu’une horloge rouillée deglinguée et il nous faut descendre au 3ème sous sol pour tomber sur un dédale de rayonnages remplis du sol au plafond de mangas, de figurines, de poupées et autres jouets inspirés par ces héros de BD. En se perdant dans le fond du magasin, on peut aussi trouver quelques jolies héroïnes encore plus sexy que les autres et réservées à un public plus averti.

Nous retrouvons Fanny, au milieu d’une foule qui commence à devenir imposante en cette fin de journée. Heureusement qu’elle est grande, cela nous fait un point de repère dans cette marée humaine. Elle est en train de filmer le défilé de la Rainbow Pride dont nous avions repérer le trajet sur Google Maps (notre fidèle guide urbain avec Maps.me) et vu le déploiement des forces de police, nous pensions à un défilé très important et très festif avec des personnages hauts en couleur. En fait, nous tombons sur un groupuscule dont la revendication principale est la légalisation du cannabis et de la marijuana, le tout en musique. De la techno, évidemment. Ce qui ne  trouble pas plus que ça les milliers de japonais qui s’apprêtent à traverser Chibuya crossing. Cette journée marque aussi la fin de la Golden Week, nous devrions croiser un peu moins de monde à partir de demain.

Ce matin, les prévisions météo ne sont pas excellentes mais il nous plus que quelques nuages pour nous bloquer dans la Dingo House. Direction  le nord-est de la capitale pour flâner dans les ruelles du « vieux Tokyo ». En effet, le quartier Yanaka est un des rares endroits de la ville épargné par les bombardements de la seconde  guerre mondiale mais aussi du tremblement de terre de 1923. Il en résulte un lieu pittoresque et attachant où l’extension modérée s’est faite à l’horizontale, contrairement au reste de Tokyo. Vieilles maisons avec beaux jardins, petites rues pavées autour des temples et sanctuaires, boutiques d’artisanat local, joli cimetière, cela fait du bien de se plonger dans le Tokyo d’antan.

 

ll nous suffit de quelques stations de métro pour changer d’époque et d’atmosphère. Nous voilà maintenant au coeur d’Akihabara ou Electric Town, le quartier des détaillants de tout matériel électronique, neuf ou d’occasion. C’est aussi un haut lieu de la culture populaire japonaise, de magasins de mangas et le rendez-vous de tous les geeks de la planète. Mais avant de plonger dans cet univers virtuel, nous descendons les quelques marches d’un resto de poche situé en sous-sol pour y déguster (enfin) un délicieux boeuf wagyu à griller sur de minis BBQ. Extra !!

 

Notre venue dans ce quartier n’est pas tout à fait le fruit du hasard, quoique les filles insistent depuis un moment pour entrer dans une de ces immenses salles de jeux vidéo. Nous sommes ici en mission. Notre ami Jean-Luc, notre référence en ce qui concerne toute la culture japonaise, nous a chargé de retrouver le fameux Gegege   No Kitaro, un héros de manga, sous la forme d’une figurine collector qu’il avait loupé lors de son précédent séjour. Visiblement cette petite figurine doit être très prisée par les collectionneurs car elle est introuvable, même dans le Mandarake complex, un magasin de huit étages dédié à cette culture. Désolé, Jean-Luc. A la place, nous t’avons ramené un personnage du voyage de Chihiro.

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Troisième jour : nous avons mis le réveil à 7h car nous avons une bonne heure de transport en commun pour arriver sur le site du Tokyo Disney Resort qui contient deux parcs d’attraction distincts : le parc Disneyland que l’on retrouve à Paris ou Los Angeles et le parc Disneysea, exclusif au Japon, décliné sur le thème maritime et construit en 2001 sur un polder de la baie de Tokyo. C’est évidemment ce dernier que nous avons choisi car il est considéré par les fans comme l’un des plus beaux parcs Disney du monde. Il est constitué de plusieurs « lands » qui sont en fait des ports de différents pays et l’on passe de Venise à New York en passant par une jungle d’amerique Centrale sans même s’en apercevoir comme par enchantement. Enchantement aussi avec l’ile mystérieuse, son volcan et le Nautilus du capitaine N’émousse, le monde souterrain d’Ariel la sirène et les illuminations nocturnes. Parmi les attractions inédites, citons Toy Story Mania, Indiana Jones Adventure, 20000 lieues sous les mers où voyage au centre de la Terre (malheureusement fermée). Nous sommes vraiment sous le charme de ce parc gigantesque ( presque 20 kms  parcourus dans la journée) aux décors grandioses. La fin de la Golden Week et le temps pluvieux ont fait que les délais moyens d’attente pour une attraction sont passés de plus de 2 heures à quelques minutes. Paradoxalement, nous n’avons jamais aussi peu attendu dans un parc Disney qu’a Tokyo. Si vous passez une semaine à Tokyo avec des enfants (ou pas), cette visite est incontournable ! Après une telle journée, autant dire que tout le monde n’aura aucun mal pour trouver le sommeil.

 

Notre dernier jour à Tokyo est une journée shopping, nous allons terminer nos achats de souvenirs pour les amis et la famille mais aussi pour nous. Pendant que les filles et Milo se remettent de leurs émotions d’hier, je traîne déjà dans la Kappabashi dori, une rue spécialisée dans les ustensiles de cuisine , à la recherche d’un couteau japonais dont la qualité des lames est légendaire. Après plusieurs boutiques, je trouve mon bonheur, un santoku à lame de carbone, chez Kamata où l’on peut même faire graver son nom sur la lame.

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Petite pause brunch au Suke6Diner, un joli resto près des berges de la Sumida, où tout est fait maison y compris le pain. Un délice pour les papilles !

 

Nous poursuivons notre collecte de souvenirs au pied de l’imposante tour de la Skytree puis dans les ruelles commerçantes autour du Senso Ji. Sans oublier un arrêt obligatoire dans une des nombreuses salles de video games que nous avons croisé pour le plus grand bonheur des filles (qui nous aurons harcelé pendant 15 jours).

Dernière soirée japonaise en amoureux avec sushis et saké avant de terminer les bagages et d’affronter le métro en pleine heure de pointe demain matin. Nous avons testé les pousseurs qui entassent les voyageurs dans les rames. Dans ces cas là, plus besoin de se cramponner aux barres, nous tenons tout seul avec juste ce qu’il faut pour respirer.

 

Le Japon nous a vraiment enthousiasmé à plusieurs points de vue et ces  trois semaines auront passé très vite . Nous avons apprécié la gentillesse, la courtoisie et l’élégance des japonais. Peut-être le plus grand dépaysement pour nous au vu des nombreuses incivilités que nous constatons régulièrement dans notre société. Nous avons aimé l’extraordinaire ville tentaculaire qu’est Tokyo avec la diversité de ces quartiers, nous avons aimé le côté plus traditionnel de Kyoto, nous avons aimé Osaka avec son aquarium et l’ambiance de Dotomburi. Nous avons adoré la succulente cuisine japonaise sous toutes ses formes des sushis aux ramen et aux soba en passant par les yakitoris, les mochis et les nigari (la liste serait trop longue de tout ce que nous avons dégusté).

Pour toutes ces raisons et pour tout ce que nous n’avons pas pu faire comme se détendre dans un onsen traditionnel, assister à un spectacle de kabuki ou un tournoi de sumotori, boire le thé avec cérémonie,…, un autre voyage au pays du soleil levant germera dans nos têtes un de ces jours.

Nous avons conscience de n’avoir découvert qu’une facette du Japon, le côté urbain, même si nous nous sommes un peu éloignés de la ville à Kyoto. Nous avons très envie de revenir pour découvrir la campagne et le Japon rural, un peu plus tôt au printemps ou en automne, pour les cerisiers en fleurs ou la couleur mordorée des érables. Mais pour cela, une meilleure connaissance de la langue sera souhaitable. Nous avons donc quelques années (et quelques autres destinations entre temps) pour nous y préparer.

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